Explication : qu’est-ce que l’intelligence émotionnelle et pourquoi en avez-vous besoin?

Le politicien britannique Andrew Mitchell est clairement un homme très intelligent. Il est bien éduqué, compétent dans son travail et a déjà été pressenti pour atteindre les sommets politiques. Mais son comportement, révélé à la suite de la saga « Plebgate », a montré qu’il manquait d’un autre ingrédient de plus en plus perçu comme vital pour un leader efficace : l’intelligence émotionnelle.
On a présenté que l’intelligence émotionnelle compte autant que le QI. Le concept a commencé à gagner en popularité dans les années 1990 et a fait l’objet de nombreux débats dans les milieux universitaires ainsi que dans les organisations sur ce qu’il constitue et sa signification. La recherche a eu tendance à se concentrer sur la valeur d’une haute intelligence émotionnelle auprès des dirigeants et des organisations. Mes recherches considèrent aussi la relation entre un manque d’intelligence émotionnelle et des échecs en leadership.
Définir le concept d’intelligence émotionnelle est un enjeu en soi. Est-ce une question de traits? Est-ce une question de compétence? Est-ce vraiment une « intelligence » ou une question de capacité? S’il s’agit de traits ou de compétences, quels traits et compétences composent notre intelligence émotionnelle? Si c’est à propos de la façon dont tu te rapportes aux autres, alors n’est-ce pas plus lié à l’intelligence sociale qu’à l’intelligence émotionnelle? Il y a cependant tendance à s’entendre que la conscience de soi et la capacité à réguler la façon dont on agit selon ses émotions sont des composantes cruciales de l’intelligence émotionnelle.
Au-delà du doux et duveteux
Au sein des organisations, le débat porte souvent davantage sur la façon dont quelque chose d’aussi doux et léger peut vraiment contribuer au succès du leadership. Pour les organisations où la pensée stratégique, la prise de décision rationnelle et les résultats financiers sont valorisés avant tout, l’intelligence émotionnelle peut sembler un peu trop floue.
La recherche suggérant qu’elle contribue est convaincante et est illustrée par une étude menée auprès de plus de 300 gestionnaires, qui a révélé que les meilleurs performeurs obtenaient des scores plus élevés dans tous les attributs d’intelligence émotionnelle, y compris la conscience de soi et l’autogestion. Le Consortium pour la recherche sur l’intelligence émotionnelle dans les organisations résume une grande partie des premières recherches sur l’intelligence émotionnelle, établissant un lien clair entre l’intelligence émotionnelle et la capacité d’une organisation à atteindre ses résultats financiers.
Apprendre à partir d’une faible intelligence émotionnelle
Fait intéressant, une grande partie de la recherche porte sur la démonstration de la relation entre une grande intelligence émotionnelle et le succès en leadership. Nous pouvons cependant apprendre autant, sinon plus, sur l’importance de l’intelligence émotionnelle pour le succès du leadership en observant ceux qui ne la démontrent pas. Le manque d’intelligence émotionnelle – en particulier le manque de conscience de soi et de maîtrise de soi – est un facteur clé qui fait dérailler le leadership.
La chute en disgrâce d’Andrew Mitchell est loin d’être le seul exemple d’un politicien déraillé par des lapsus momentanés d’intelligence émotionnelle ou un manque général d’intelligence – et au cours de la dernière année, nous avons vu d’autres cas très médiatisés, dont le décès de Paul Flowers, ancien président de Co-op Bank, principalement à cause de comportements dysfonctionnels. Il y a une dure réalité liée au manque d’intelligence émotionnelle chez les leaders.
Perdre le contrôle de soi
Dans le développement du leadership et la gestion des talents, l’accent prédominant mis sur les forces et les traits ou attributs positifs conduit à un manque général de compréhension des causes du déraillement. Pour de nombreux leaders, c’est leur réponse à des événements difficiles, exigeants ou stressants qui contribue le plus fort. Sous stress, notre conscience de soi et notre maîtrise émotionnelle sont mises à l’épreuve.
Dans les situations stressantes, le réflexe primitif de combat ou de fuite de notre cerveau, notre amygdale, est déclenché. Dans l’emprise de notre réaction émotionnelle, nous pouvons perdre la perspective – en particulier la conscience de la façon dont nos émotions dirigent notre comportement – et manquer de maîtrise de soi pour prendre du recul, évaluer et se regrouper. C’est dans ces situations qu’on dit et fait des choses qu’on regrette plus tard, quand on est calmes. On a probablement tous vécu ça à un moment ou un autre de notre vie. Pour les leaders, cependant, un manque de conscience de soi, une perte de perspective et un manque de maîtrise de soi peuvent avoir des conséquences importantes.
Ça commence par la conscience de soi
Pour les leaders, la conscience de soi est cruciale pour développer l’intelligence émotionnelle et prévenir les déraillements. Le simple fait de connaître nos propres valeurs, attitudes, croyances et motivations nous aide en partie à comprendre notre propre comportement et, en particulier, la façon dont nous réagissons lorsque ces valeurs semblent compromises. Reconnaître ce qui déclenche notre réponse au stress et anticiper cela avant d’être dans l’emprise nous aide à garder notre calme et notre contrôle.
Avec des preuves claires reliant une grande intelligence émotionnelle à une grande performance chez les leaders, et des illustrations fréquentes de leaders de haut niveau qui déraillent en raison d’un manque d’intelligence émotionnelle, il existe un argument convaincant pour que les leaders concentrent leur attention sur le développement de l’intelligence émotionnelle afin de maintenir leur succès en leadership.
Une version de cet article a été publiée pour la première fois dans The Conversation le 21 janvier 2015.






